Observer les migrations d’oiseaux : le Grand Est à la pointe de la technologie

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Comprendre les migrations, un enjeu fort pour la biodiversité

Chaque année, des millions d’oiseaux traversent discrètement le ciel du Grand Est. Ces migrations saisonnières sont essentielles à la survie de nombreuses espèces, mais elles restent difficiles à observer à l’œil nu. Grâce aux radars ornithologiques, ces mouvements peuvent désormais être mesurés avec précision. Ces oiseaux sont bien plus que de simples voyageurs : ce sont de véritables indicateurs de l’état de santé de la biodiversité mondiale. En suivant leurs trajectoires, les scientifiques peuvent détecter des signaux liés à l’évolution des milieux naturels, au dérèglement climatique ou encore aux effets de l’aménagement du territoire.

Trois radars stratégiquement positionnés dans la région

Le réseau régional s’appuie aujourd’hui sur trois sites d’observation majeurs : à proximité d’Altkirch (Haut-Rhin), de Vitry-le-François (Marne), et plus récemment dans la plaine de la Woëvre (Meuse). Porté par la Fédération Régionale des Chasseurs du Grand Est, ce dispositif scientifique permet d’enregistrer en continu le passage des oiseaux, de jour comme de nuit, à plusieurs centaines de mètres d’altitude. À l’aide d’une intelligence artificielle, les radars distinguent différents types de volatiles en analysant leurs échos caractéristiques. Ces installations ont été déployés grâce au soutien financier de la Région Grand Est, de la Fédération Nationale des Chasseurs et à l’engagement des Fédérations Départementales des Chasseurs. Les données issues de ces radars alimentent la plateforme AeroRad, un outil national de suivi des migrations en temps réel. Accessible par tous, elle permet aussi bien aux naturalistes qu’aux citoyens curieux de visualiser l’intensité des flux migratoires sur l’ensemble du territoire français.

Des résultats riches en enseignements

Les données collectées par ces radars apportent un éclairage inédit sur les dynamiques migratoires. Une large part des déplacements migratoires a lieu de nuit, entre 100 et 500 mètres d’altitude. Les nuits d’octobre sont les plus intenses, notamment lors de la migration postnuptiale, lorsque les oiseaux quittent l’Europe vers leurs quartiers d’hivernage. Le radar d’Altkirch a ainsi enregistré, en une seule journée, le passage de plus de 170 000 oiseaux : un chiffre qui illustre l’ampleur de ces déplacements difficilement quantifiable à l’œil nu. Afin d’assurer la fiabilité des données, ces suivis permanents sont suspendus chaque année au mois de juin, période durant laquelle les radars sont mis en maintenance. Ils sont remis en service dès juillet, juste avant le début des premières vagues migratoires estivales, garantissant ainsi une couverture optimale des principales périodes de passage.

Au-delà de leur intérêt scientifique, ces observations sont aussi précieuses pour guider les politiques de conservation. Elles permettent d’anticiper certains impacts du changement climatique, mais aussi d’adapter les projets d’aménagement, en particulier ceux liés à l’éolien ou à la gestion de la pollution lumineuse.